Amour de jeunesse

16 janvier 2015

réaliste

 Amour de jeunesse

         La jeune fillette courait, courait lorsque soudain un carrosse plutôt bon marché la heurta. Le cocher, un homme maigrichon, informa son maître de l’accident en disant qu’il s’agissait d’une fillette ou d’un garçon, il ne savait le dire. Le maître, un homme corpulent, sortit de la voiture. Il était très bien habillé. Celui-ci était vêtu d’un pourpoint noir, sobre mais ornementé d’émeraude au col, tandis que ses chausses étaient blanches et faites de satin, toutes simples. La fillette, craignant une correction, tenta de se relever, mais son genoux tout écorché l’en empêcha. Elle était vêtue d’une chemise grise et sale, qui un jour avait dû être blanche. Son pantalon était de toile grossière,  marron et repris à maints endroits.  Le monsieur voulu l’aider à se relever, mais la fillette recula vivement et le fit seule. Le monsieur, qui était moins aveugle que le cocher, constata de suite que c’était une fille, et, avisant, son genou en sang, décida de l’emmener chez le pharmacien, dont la boutique ne se trouvait guère loin.

         Arrivé là-bas, il se trouva que le pharmacien était parti chercher quelques nécessités pour sa boutique, mais son fils prétendait en savoir autant que son père. Ce fut donc à lui que le gros monsieur abandonna la fillette, et il s’en alla sans donner son nom, mais heureux de cette bonne action, avec la conscience plus tranquille. Le garçon, trouvant l’état de la jeune fille déplorable, remplit une bassine d’eau chaude et la laissa faire ce qu’elle devait faire, à savoir se laver. Le jeune homme était vêtu d’un pantalon large et d’une chemise blanche. Il devait avoir treize ans, tandis que la fillette en avait quatorze. Alors que les pensées du jeune homme se tournaient de plus en plus vers la fille, celle-ci lui annonça qu’elle était de nouveau prête. Le jeune « pharmacien » lui indiqua courtoisement la sortie, et lui suggéra de revenir le lendemain. La jeune fille ne le montra pas, mais elle fut sincèrement touchée.

         Ils se revirent le lendemain. Ainsi que le jour d’après. Au quatrième, ils s’embrassèrent. A l’aube du vingtième, ils se retrouvèrent la nuit, pour se voir un peu plus. Un jour, le troisième ou quatrième mois elle vint, mais ne le vit pas. Elle ne s’inquiéta pas et revins le lendemain. Et le surlendemain. Ainsi qu’une semaine plus tard. Il avait disparu, cent vingt-deux jours après leur rencontre. A force de questions, elle apprit qu’il avait été envoyé au collège. Elle passa un an sans le revoir, puis, un jour, ayant réussi à convaincre ses parents de passer par là, prétextant une visite importante à faire, elle courut, courut vers la sortie du collège de celui qu’elle aimait éperdument, elle, la pauvre fille, tout juste bourgeoise, qui aimait un pharmacien et noble.

         Elle attendit tout l’après-midi. Son amour sortit de son collège, et passa devant elle avec un air hautain, tout affublé qu’il était d’un costume noir aux boutons dorés. Il la remarqua, de cela  la fille n’en eut aucun doute. Ce dont elle n’eut aucun doute aussi, c’est qu’en passant, il feint de ne pas la remarquer, et s’en fut en montant dans un carrosse.

         La pauvre fillette pleura pendant deux jours ; son amour perdu. Le troisième jour, elle pleurait encore. Le quatrième aussi. Au cinquième, le cœur lourd de son amour perdu, elle alla se renseigner pour savoir où sa moitié, si chère à elle, ce grand homme vêtu d’un vêtement noir aux boutons dorés, dormait donc. Il se trouva que ce n’était pas chez lui, mais à l’internat proche de son collège. Au dixième jour, ayant accumulé assez d’argent, elle se rendit dans une coutellerie, ou elle acheta un coutelas avec une lame de dix centimètres, tout usé, mais affutable. Au treizième jour, le couteau était tellement affuté qu’elle découvrit avec un plaisir malsain qu’en passant le fil de celui-ci sur sa paume, elle saignait.

         Un mois plus tard, elle se rendit à l’internat de son amour. Elle rentra dans la chambre 122 et le trouva, étendu magnifiquement sur son lit, souriant dans son sommeil, reposant sur le dos, exposant son magnifique torse musclé. Elle s’assit sur lui, lui caressa les tétons, passa une main derrière son crâne. Il dormait toujours, alors qu’elle retirait sa chemise, et se pressait contre sa poitrine. Elle sortit de la poche arrière son coutelas tandis qu’il se réveillait. Il ouvrit les yeux. Sourit en voyant son premier amour juché sur lui, sans sa chemise. La fillette se baissa lentement, son canif à la main mais dans le dos, invisible pour le jeune homme qui pensait plutôt à s’amuser avec son amour de jeunesse. Tout devint rouge. Le jeune homme avait un second sourire, au niveau de la pomme d’Adam.

 

Larmy.

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